La Conviviale écologiste et fraternelle
écologiste et fraternelle

« Compensation ? » question de La Conviviale au conseil municipal du 29 juin 2020

Conseil municipal du lundi 29 juin 2020

Question orale déposée par le groupe la Conviviale écologiste et fraternelle

Monsieur Le Maire,

Nos territoires méritent des élu·es qui les aiment, qui y vivent et les respectent dans leurs chairs, leurs histoires, leurs patrimoines et leurs diversités, qui sentent la sève de leurs arbres, respirent l’odeur de l’herbe sauvage et écoutent la musique des nidifications.

Nous constatons que vous préférez la violence des tronçonneuses ayant abattu, vendredi 12 juin dès 6h du matin, les 13 tilleuls (dont certains remarquables) de l’ancienne école Jules Ferry à Palaiseau. Nous ne pouvons accepter ces décisions prises et appliquées sans dialogue, sous escorte policière (plus de 50 agents dont les effectifs de la Brigade Anti Criminelle des Ulis) face à une trentaine de personnes civiles, non violentes, sidérées par ce spectacle révoltant et irréversible. Le jour J je vous ai personnellement laissé 2 messages et 1 sms que vous avez à ce jour laissés sans réponse.

Ce groupe d’habitants, ainsi neutralisé, a assisté, impuissant, à la disparition méthodique d’un véritable puits de fraîcheur à l’heure des étés caniculaires, biotope en symbiose dont le système des racines stabilise la nappe phréatique. Cette violence envers les arbres, envers les habitants du quartier et envers l’avenir de Palaiseau vous a valu, en tant que Maire, le prix du geste écologiste le plus désastreux de l’année remis le lundi 15 juin par l’Association A.R.B.R.E.S en présence d’Augustin Berque, sous le patronage de Georges Feterman.

Comme un malheur n’arrive jamais seul, d’autres bûcherons ont également arraché les arbres du parc Chabrol pour faire la place à un futur programme immobilier, et ce n’est qu’un exemple. Il ne s’agit donc pas là d’une erreur ponctuelle, mais d’une vision systémique de notre ville, que vous préférez artificialiser sans tenir compte, tout comme pour les 13 tilleuls, de la législation en vigueur.

En effet, la période de reproduction des oiseaux s’étale globalement de la mi-mars à la mi-août. C’est un moment crucial de l’année pour la survie de leurs espèces, pendant lequel ils sont très vulnérables.

Toutes les atteinte aux arbres sont donc particulièrement préjudiciables pendant cette période puisqu’elles entraînent le dérangement voire la destruction directe des couvées et plus généralement des habitats de populations animales entières. Or, le droit européen et le droit français interdisent de telles opérations.

Ainsi, la directive « Oiseaux » de 2009 impose une protection stricte de tous les oiseaux sauvages pendant leur période de reproduction. Le code de l’environnement précise à l’article L.424-10 : « Il est interdit de détruire, d’enlever ou d’endommager intentionnellement les nids et les œufs, […] ».  Les articles L.411-1, L.415-3 et l’arrêté du 29 octobre 2009 rendent délictuel ce comportement lorsqu’il concerne des espèces protégées.

Enfin, le règlement du Parlement européen et du Conseil n° 1306/2013 du 17 décembre 2013 (article 94) interdit la taille des haie, l’élagage et l’abattage des arbres pendant la période de reproduction et nidification des oiseaux, ce qui depuis 2018 n’est plus modifiable dans le droit français, pour la période du 1er avril au 31 juillet.

Les jeunes arbres qui vont être plantés en « compensation » de ceux du Ferry n’atteindront jamais l’efficacité de piège à carbone des tilleuls, n’auront pas leurs propriétés racinaires, ne sont pas placés au même endroit, mettront des dizaines d’années avant de procurer la qualité de fraîcheur nécessaire au bien être des habitants du quartier de la Bourbillière et ne satisferont pas la famille de chouettes expulsée des tilleuls.

Les écologues et les économistes le disent maintenant ouvertement : le principe de compensation écologique est dévoyé de sa substance scientifique par les aménageurs et la complicité du législateur. La séquence ERC (Eviter, Réduire, Compenser) sur laquelle se fonde la loi sur la protection de la nature de 1976, puis la loi Grenelle 2 de 2010 sur les études d’impact, permet aux maîtres d’ouvrage de se dédouaner de leurs responsabilités environnementales et de perpétrer des catastrophes écologiques donc sociales sous couvert de « compensation ».

Monsieur le maire, en tant que défenseur de ce projet de CRI au Ferry et porteur d’un discours apparemment ambitieux en matière de transition écologique, vous cachez-vous derrière une loi inefficace tout en en violant d’autres ?

Le CRI au Ferry, un projet écocide ?

Comment justifiez vous d’avoir laissé et encouragé cette manifeste infraction à la loi qui consiste à avoir abattu ces tilleuls en pleine période d’interdiction ?

Eviter ?

Qu’avez-vous fait pour éviter ces atteintes à l’environnement ?

Quels autres sites ont été sérieusement étudiés ? Quels autres bâtiments déjà existants avez-vous vraiment envisagés de rénover et de transformer en autant d’annexes au conservatoire pour répondre à ses besoins d’agrandissement ?

Réduire ?

Qu’a fait la CPS et le cabinet d’architecte retenu pour réduire au maximum les atteintes inévitables ?

Ne pouvait-on pas utiliser le site du Ferry sans creuser le sous-sol ? Ne pouvait-on pas rénover les bâtiment existants sans détruire la cour et ses arbres ? Ne pouvait-on pas construire autour des arbres, plutôt qu’à la place des arbres ?

Si non, n’était-ce pas tout simplement que ce projet était impossible au regard des enjeux climatiques actuels ?

Compenser ?

Enfin, assumez-vous sérieusement les solutions de compensation décidées ?

Comment garantissez-vous que les arbrisseaux plantés en compensation survivront au milieu du béton ? Pouvez-vous affirmer que leurs racines atteindront très rapidement la nappe phréatique ? Comment convaincre les habitants du quartier que ces arbres offriront la même fraîcheur que les tilleuls arrachés ? Comment comptez-vous compenser les oisillons écrasés et les générations d’oiseaux qui disparaissent ainsi de notre ville ?

Monsieur le maire, ce mouvement d’opposition au projet de CRI au Ferry n’est pas une manifestation d’heureux doux dingues idéalistes, d’amoureux·se de l’environnement, de cœurs d’artichaut un peu poètes qui s’émeuvent devant les fleurs des champs. Ce n’est pas non plus une révolte de NIMBY égoïstes qui refuseraient le dérangement du CRI. Ce mouvement d’intérêt général porte la voix des vivants non humains qui cohabitent avec nous à Palaiseau et nous apportent tant, et celle des futures générations de Palaisien·nes qui devront supporter les dangers écologiques et climatiques sans précédent que l’ancien monde a provoqués et continue, apparemment, d’aggraver.

Nous vous remercions par avance Monsieur le maire pour la clarté et la précision de vos réponses.

Laure Bourrellis et Benjamin Preciado

Groupe des élus La Conviviale écologiste et fraternelle