La Conviviale écologiste et fraternelle
écologiste et fraternelle

Démission des élus de La Conviviale

Texte lu en conseil municipal le 12 décembre 2022 concernant la démission de Laure Bourrellis et Benjamin Preciado du conseil municipal de Palaiseau :

Cher.e.s collègues, cher.e.s palaisiennes et palaisiens,

merci Monsieur le maire d’avoir accepté de nous donner la parole pour annoncer que ce conseil municipal sera notre dernier à tous les deux.

Deux autres candidat.e.s de notre liste prendront donc notre suite en tant que conseillers municipaux représentants la Conviviale écologiste et fraternelle. 

La première raison de notre démission n’est pas une surprise. Nous avions en effet porté dans notre programme l’idée d’une mairie tournante à mi-mandat en cas de victoire aux élections. Nous n’avons pas remporté les élections mais dans la minorité aussi la Conviviale défend une écologie citoyenne et participative qui passe par la montée en compétence des citoyens. Il est donc important pour nous que d’autres puissent à leur tour expérimenter à leurs façons la réalité des fonctions d’élu.e.s dans la commune. Qu’ils puissent apporter une nouvelle énergie, de nouvelles formes d’expression, un nouveau regard.

Car c’est vrai, nous l’avons appris à nos dépends : être élu.e minoritaire dans une ville c’est ingrat, du fait du système municipal français, de la prime à la majorité, de l’énorme poids donné à l’exécutif. Mais être élu.e.s minoritaire à Palaiseau en 2022, c’est particulièrement révoltant, d’autant plus pour des citoyens engagé.e.s comme nous, enthousiastes et investis que nous étions.

Malgré un gros travail sincère et constructif sur le nouveau règlement intérieur du Conseil municipal en début de mandat, la Conviviale n’a pu que constater les reculs démocratiques du nouveau texte, la majorité toute puissante en ayant profité pour réduire la place, la visibilité et les marges de manœuvre des élu.e.s minoritaires.

De fait, nous rencontrons au quotidien des difficultés à obtenir les informations demandées, à faire respecter nos droits d’expression dans les supports de communication municipaux, à obtenir des documents pourtant communicables au public, à recevoir des informations techniques précises en commissions municipales, à établir un véritable débat équitable et équilibré en Conseil municipal, à être informé.e.s en temps et en heure de l’annulation des conseils municipaux ou de l’ajout d’un Palaiseau Mag jusque là inexistant.

L’iniquité et la mauvaise foi des commissions municipales telles que pratiquées dans cette mandature sont particulièrement révoltantes. Quelle ne fut pas notre surprise de découvrir qu’elles ne servent que de chambre de présentation des délibérations du conseil municipal suivant, déjà rédigées et ficelées. Elles sont organisées pour éviter tout travail collectif entre les élu.e.s.

Prévues toutes les quatre le même soir, elles s’enchaînent toutes les 30 ou 45 minutes, sont menées au pas de course par les adjoints au maire pressés qu’on en finisse. Les questions techniques des élu.e.s minoritaires recueillent des yeux au ciel et des soupirs méprisants, et rares sont les questions des élu.e.s de la majorité, tout comme en conseil municipal d’ailleurs, instance qui ne sert finalement que de chambre d’enregistrement.

Toutes ces petites humiliations du quotidien sont autant de mépris adressé à nos électrices et électeurs, c’est à dire à 49% d’entre eux pour tous les groupes minoritaires, et plus généralement à l’ensemble des palaisiennes et palaisiens et c’est autant de démocratie piétinée, sous couvert de légalité et d’efficacité.

Oui c’est le système municipal français qui veut ça, avez-vous assumé clairement en début de mandat. Non, nous se sommes pas en Allemagne ou la culture du compromis et des coalitions est instituée. Mais justement. Ce pouvoir que vous donne la loi, c’est à vous de l’exercer avec sagesse et ouverture. Le service public est un bien commun, et les communs se construisent ensemble, ils sont inclusifs par définition, ils ne se confisquent pas. Ce pouvoir que vous donne la loi, il vous oblige, et cela serait tout à votre honneur de travailler avec les groupes minoritaires. Mais vous avez les oppositions que vous produisez, que vous méritez. A la Conviviale nous avons essayé de ne pas nous engouffrer dans la critique facile, le procès d’intention, l’agressivité du spectacle, l’impulsivité de la colère. Nous n’avons peut-être pas tout le temps réussi, mais vous en portez une part de responsabilité.

Malgré ce contexte de travail difficile, la Conviviale a tenu depuis 2 ans et demi à jouer au mieux son rôle de surveillance et d’affirmation des enjeux écologiques, sociaux et démocratiques de notre époque. En nous exprimant sur de nombreux sujets et en relayant les préoccupations des habitant.e.s qui nous ont interpelé.e.s.

Nous avons donc montré notre implication sincère pour défendre une écologie citoyenne et sociale enthousiaste pour le bien de notre ville. Mais nous déplorons publiquement l’attitude fermée et clivante de la majorité, décourageante pour l’engagement citoyen. Nous regrettons cette centralisation à outrance où toutes les décisions sont prises dans le cabinet du maire et où le conseil municipal est un lieu vide. Nous pensons que c’est grave car le contexte national et global nécessite plus que jamais que les habitants se sentent citoyens acteurs de leur ville et pas uniquement consommateurs des services publics. Nous déplorons le peu d’habitant.e.s qui assistent au conseils municipaux, et nous pensons que la façon dont la majorité pratique la démocratie communale n’y est pas pour rien.

Nous serons présent.e.s de notre mieux auprès des futurs élu.e.s de la Conviviale, malgré la pente déprimante que prend la ville. Du fait de la politique à l’œuvre, Palaiseau prend un visage de moins en moins accueillant. Les nombreux nouveaux habitants ne restent pas, la ville devient peu à peu une cité dortoir inaccessible pour les foyers modestes et les jeunes. Le plateau a perdu ces dernières années son paysage de campagne et les nouveaux quartiers qui l’urbanisent à grande vitesse ressemblent aux cités cauchemars des films de science fiction. Rouler à vélo et même marcher dans la ville de Palaiseau restent des risques quotidiens, tandis que les transports collectifs se dégradent, ce qui laisse la place belle aux voitures. Les lieux de convivialité sont rares, l’esprit de fête qui existait s’amenuise et se confond avec le divertissement.

Notre découragement et notre éco-anxiété, nous préférons aujourd’hui les combattre dans nos vies personnelles, professionnelles, associatives, amicales. Nous restons admiratif.ve et respectueux.se de nos collègues ici présent.e.s qui se sont engagé.e.s pour leur ville. Mais ne vous trompez pas. Nous démissions du conseil municipal, pas de nos idées ni de nos combats !